1990 > 2000

De l’histoire. De poursuites en descentes, ses personnages fuyants ont crevé la toile. Les enclos qu’il représentait ont progressivement laissé apparaître, d’abord la faible lumière d’un lointain, puis un horizon. Naissent enfin des paysages, parfois un homme y court, mais ils sont surtout vides, parfois ponctués de crevasses, de potences, ou d’un feu dont les fumerolles animent le ciel. Les plus grands, intitulés «1992», sont des évocations blêmes de la dislocation de son pays et de la guerre. C’est aussi pour la première fois avec ses christs inspirés de Grünewald qu’il porte un regard sur une œuvre classique pour qu’elle éclaire de sa compassion le présent tourmenté.

Des têtes, boules de matière rouge et grise, jonchent les sols, la blessure de Jésus se multiplie, devient la bouche muette de la chair sur ce monde lugubre. Si un oiseau passe, il semble être le dernier.

La nature des sujets de cette décennie semble contrariée par les techniques qu’il emploie car on y entrevoit de la jubilation, que ce soit dans ses gestes amples ou quand il intervient à main nue sur le tableau.

Les lumières réduites à n’être que pénombre sont jouissance du noir. L’acte de peindre est allégresse, le juste inverse des drames qu’il évoque…

A.A.

 

Extrait de Itinéraire d’Alin Avila

< Blessure - 1997 - huile sur toile, 35 | 27 cm - collection privée

1990 > 2000