1980 > 1990

De la couleur. Tito meurt au début de la décennie. Les tensions nationalistes reprennent dans son pays natal. Elles ne sont pas sans affecter l’artiste, dont le travail sera perçu comme prémonitoire des déchirements en Yougoslavie.

Mais c’est avant tout une décennie colorée. Jusque-là, les tableaux (peu nombreux) étaient monochromes, la couleur n’était qu’une éventualité jamais utilisée, le dessin dominait. Elle apparaît, sortie du tube sans combinaison à d’autres. Une palette réduite mais efficace, jamais au service de la moindre illusion. La couleur est posée par plan ou en accent, comme un artifice de langage. Un vert foncé, un bleu outremer, parfois un bleu plus clair, un rouge cadmium, un terre de Sienne, un jaune d’or… Voilà à peu près tout son arsenal chromatique. Si la couleur permet à la touche des jeux retenus, elle fait monter en lui un désir de matière qu’il exauce en mélangeant de l’enduit à du sable, mais surtout en retournant la toile.

Travaillant à fleur d’un rude tissu de jute, sa gestualité s’élargit et le conduit à enrichir son iconographie. Des arbres aux épaules noueuses apparaissent faisant écho à ses crochets et autres potences… Mais ce qui prédomine c’est cet homme courant sans autre but que de poursuivre sa course même. L’espace clos va peu à peu s’ouvrir par une porte, ou s’élever dans le ciel par un plan, un podium évoquant les échafauds révolutionnaires dont on fête le bicentenaire. Sans doute fait-il le lien entre les terreurs qui, ici, là, imbibent la terre de sang. En cette fin de décennie, il fait l’expérience de la sculpture – bronze et fer – où ce qu’il imaginait (gibet, potence, crochet…) s’installe, réel face à lui et l’émeut…

A.A.

 

Extrait de Itinéraire d’Alin Avila

1980 > 1990